Séance dans la cadre de la rencontre annuelle de la Société historique du Canada à Ottawa : Identités régionales
Le 26 mai à Ottawa s’est tenu une séance intitulée Identités régionales : du terroir au territoire dans le cadre de la rencontre annuelle de la Société historique du Canada. Régions et régionalismes ont longtemps été les grands incompris d’une historiographie qui servait trop souvent de relais aux actions d’un État-nation se constituant plutôt tardivement — à partir de la fin du XVIIIe siècle — à travers un ensemble de pratiques et de discours. C’est à cette même époque, voire avant même la révolution française, que se manifeste au sein du gouvernement une profonde irritabilité pour les particularités régionales, a fortiori linguistiques. Souvenons-nous des mots du député Barère devant la Convention, au moment d’imposer la langue française sur le territoire français : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l'émigration et la haine de la République parlent allemand; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. » L’émergence de la notion nouvelle de l’État-nation a signifié « la fin des terroirs » (E. Weber) partout dans le monde, une homogénéisation linguistique opérée par l’école, le service militaire obligatoire, l’imposition d’une langue standardisée dans la sphère publique. L’écriture de l’histoire obéit à un même schéma qui, si elle avait été une histoire du local mettant la région au premier plan, par exemple dans les travaux issus de l’Abbaye de Cîteaux, l’histoire devient peu à peu, avec l’émergence de puissants royaumes en Europe, une histoire de ces royaumes et de leurs rois, dont les meilleurs exemples nous viennent, dans le cas de la France, de l’Abbaye de St-Denis, qui devient, au XIIe siècle, le premier centre historiographique du royaume. Lorsque, au XVIIIe siècle, la souveraineté passe du monarque à la nation, l’historiographie ne se modifie pas outre mesure et demeure centrée autour d’un cadre territorial englobant qui ne reconnaît pas la légitimité des acteurs régionaux. Avec la fin des grands récits — fussent-ils colonialiste, socialiste, ou nationaliste — et l’émergence des revendications mémorielles des victimes (de la traite négrière, du colonialisme, d’Auschwitz, des goulags), on aurait pu penser que les régions accéderaient elles-aussi à cette dignité identitaire qu’est censée imposer le devoir de mémoire. Or, l’hypermnésie provoquée par l’urbanisation, la modernisation et la mondialisation semble plus à même de réifier les anciennes constructions mémorielles, axées autour de la notion de territoire. On ne trouve, par exemple, que deux articles dans les Lieux de mémoire consacrés à la mémoire des régions, comme si l’on avait souhaité préserver intacte la mémoire républicaine. Quand les identités régionales accèdent à une certaine reconnaissance, c’est sous la forme de particularismes inoffensifs, celle des identités alimentaires ou à usage touristique. Cette séance propose une série de réflexions autour de ce légitime retour des régions dans le champ historiographique. Chacune s’efforce de comprendre et d’expliquer la dynamique de régions (Acadie, Transnistrie, Pays Basque, Bretagne) qui se cherchent une identité locale susceptible de transcender le terroir pour inscrire le territoire régional dans une géographie plurielle et globale.
Julien Massicotte, Université Laval
Régionalisme et référence collective en Acadie
Usages et mésusages de l’histoire en Transnistrie
Camille Martin, Université de Sherbrooke
L’identité régionale bretonne : du mythe à la réalité
jeudi 28 mai 2009
Tristan Landry, président et organisateur de la séance
Université de Sherbrooke
Identités
&
Mémoire
Identités régionales : du terroir au territoire